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QU'A LU LA CHINE EN 2008 ?
(Cet article est paru dans le cadre du dossier "Spécial Chine" du numéro du Magazine des Livres en juillet 2009).

e nouveaux livres chinois déboulent de plus en plus régulièrement et avec de plus en plus de visibilité sur les tables des libraires français.

Le classement des dix meilleures ventes de livres de fiction en Chine l’année dernière illustre de manière frappante à quel point la majorité des lecteurs chinois appartiennent à la jeunesse urbaine. La plupart des titres relèvent de la littérature pour adolescents et jeunes adultes, tels que « Tiny Times 1.0 », du très controversé Guo Jingming. Best-seller n°1 de l’année malgré sa parution en octobre, il décrit les vies entrecroisées de quatre jeunes filles dans un Shanghai post-moderne. C’est le seul roman chinois du classement paru en 2008, ce qui tend à indiquer un manque de renouvellement de ce filon littéraire yuppie techno à tendance nihiliste, à mi-chemin entre Douglas Coupland et Bret Easton Ellis.

Dans la même lignée, on trouve aussi dans le classement deux romans d’un sous-genre dont le succès a lui aussi commencé il y a quelques années, ayant pour cadre la vie en entreprise, version champ de bataille. Sortes d’équivalents littéraires d’Ally Mc Beal, le « Journal de la promotion de Dulala » (3ème place) de Li Ke et « Promotions et déchéances » (8ème place) de Cui Manli auraient pu être écrits par votre voisine de bureau. « Sablier, épisode III », de Rao Xueman (7ème position), poursuit, à la première personne, la saga de Misha, une adolescente appartenant à un foyer brisé.

Un album de bande dessinée fait même son apparition en 10ème place, « Enfant à fond », de Zhu Deyong, qui prend à contre-pied le phénomène de l’enfant unique avec de courtes histoires humoristiques évoquant Calvin & Hobbes, Poupon-la-peste et les Peanuts.

Sur un registre plus littéraire, la nouvelle édition d’un roman populaire assez ancien (1992) se classe 5ème : « Pénible voyage culturel », de Yu Qiuyu, relatant un périple aux sources de la civilisation chinoise. Un autre voyage, à travers la poésie antique cette fois, figure en place suivante,  « Voir la vie comme la première fois », de An Yiru, paru en 2006.

Les lecteurs français sont en terrain plus familier avec deux romans étrangers : la traduction chinoise des « Cerf-volants de Kaboul », de Khaled Hosseini, parvient à la 4ème place, et, à la 8ème, on trouve celle du roman à succès américain « De l’eau pour les éléphants », de Sara Gruen, sur l’envers du décor d’un cirque ambulant.

Le seul roman chinois du classement dejà traduit en français est « Le Totem du Loup », paru en Chine en 2004, qui occupe la 2ème place. Maltraité par les critiques pour son soi-disant manque de qualités littéraires et par les autorités chinoises pour ses coups de griffe à la civilisation han, le roman écologique de Jiang Rong (alias Lu Jiamin) dépasserait les vingt millions d’exemplaires diffusés, ce qui en ferait le plus gros succès du roman chinois contemporain. Une version pour enfants va bientôt sortir et on parle d’adaptation cinématographique pour 2010.

Dans la catégorie « essais académiques et culturels », la Chine n’a pas vu émerger de phénomène nouveau en 2008. L’année a vu la consolidation une tendance initiée depuis 2005, celle d’un interêt du grand public pour les « études nationales », longtemps ignorées ou rejetées comme des « vieilleries féodales » en Chine Populaire.

Neuf titres sur les dix meilleures ventes de l’année sont ainsi issus de trois séries dont les auteurs bénéficient du plein soutien de la télévision nationale, la CCTV, où ils ont donné des conférences dont l’audience a battu des records. C’est dans cette émission de CCTV-10, « Tribune pour tous » (baijia jiangtan) que sont nés la plupart des best-sellers de cette catégorie durant ces trois dernières années.

Yu Dan, dont les deux ouvrages consacrés à la vulgarisation des annales de Confucius occupent toujours la tête du classement (1ère et 3ème places), tient aussi la distance avec son analyse des paraboles d’un autre philosophe antique : ses « Notes sur Zhuangzi », qui se hissent en 5ème place.

Autre plongeon dans l’histoire de Chine, « Histoires de la Dynastie des Ming », donne une nouvelle actualité à l’une des périodes les plus visitées par la littérature occidentale en la popularisant dans l’Empire du milieu. Surfant sur le succès d’une série télévisée, la collection compte pas moins de quatre tomes dans les dix meilleures ventes de l’année derniere (aux places 4, 6, 7 et 9).

Les lecteurs chinois continuent également de se passionner pour les analyses académiques d’un autre universitaire, Yi Zhongtian, dont les « Evaluations des Trois Royaumes » ont, elles, été diffusées pour la première fois à la télévision en 2006. Les deux livres qui en sont tirés se maintiennent dans le Top 10, en 8ème et 10ème places.

Seul ouvrage traduit du classement et best-seller surprise, la traduction chinoise des «Pensées pour moi-même», de l’empereur et philosophe romain Marc-Aurèle, se classe en 2ème place. Ce livre étant dans le domaine public, le succès d’une première édition chinoise parue en début d’année a été suivi au second semestre de nombreuses versions concurrentes, toutes de traducteurs différents : on en compte une douzaine sur les principaux sites de vente en ligne… ainsi qu’une version bilingue anglais-chinois. Du fait de ce fractionnement, il est probable que les « Pensées » occupent en fait la première place dans cette catégorie : le stoïcisme est à l’ordre du jour.

Eric Saldinger

 

Classement publié par la revue “Editeurs” (Chuban ren), janvier 2009.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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