POINT DE VUE SUR L'ECRITURE 觀點

 

UNE LITTERATURE A SHANGHAI

n écrivain est une membrane, il vibre quand on l’effleure.
Il est des lieux de silence où le moindre souffle peut en tirer une vibration audible. Dans ces déserts, il perçoit et réagit aux plus légères variations de la vie et la mélodie qu’il en tire s’entend aisément.

Shanghai est à l’opposé de cela. Tout est vacarme ici.
A Fabienne Verdier qui titrait un livre « Passagère du Silence », Marylise Hébrard à Shanghai répondait par un titre à la recherche d’un livre, « Résidente du bruit ».
Non seulement les sons de toutes parts assaillent, mais le mouvement aussi. On y atteint au degré zéro de la sérénité, lorsque même les immeubles, eux-mêmes semblent être devenus éphémères, un jour ancien le lendemain remplacés par un chantier, puis par un piler de soixante étage.
Un autre livre, de Julien Gracq celui-ci, titrait « La Forme d’une Ville ». S’agissant de Shanghai, la seule forme qu’on puisse lui attribué est celle d’un tourbillon.

Ce n’est pas neuf.
Cette réalité chaotique dont est née Shanghai est ancrée dans notre imaginaire par d’anciens films et romans, témoignage de sa première folie entre 1890 et 1940.
Depuis, 40 ans de glaciation de 1950 à 1990, mais maintenant le tourbillon a bien repris vie comme un dragon assoupi qui se serait réveillé. La ville est de nouveau tendue par sa nature profonde en une course effrénée vers la modernité, la richesse et le succès. Ce sont ces tensions qui ont fait de Shanghai ce qu’elle a été et est de nouveau, une forge pour les dieux et les démons.

Une littérature à Shanghai naît et parle au milieu de ce bruit assourdissant. Dans sa difficulté et ses spécificités, elle est la voix de celui qui crie non pas dans le désert mais dans ce fantastique vacarme. Comment n’en serait-elle pas affectée ? Et pour nous, comment ignorer les questions qui se posent nécessairement à elle :

Peut-elle seulement être audible ?
Existe-t-il un temps pour l’écriture quand la course est aussi effrénée ?
Quelle littérature peut-elle émerger marquée par un tel univers ?

Ce sont autant de questionnements dont une réflexion sur une littérature à Shanghai ne peut pas faire l’économie. Ecrire a Shanghai, c’est écrire malgré cela et au milieu de cela et au moins indirectement, sur cela. Si ce n’est pas le sujet de l’écrit, c’est forcément son univers.

Cette revue littéraire de Shanghai ouvre l’espace de cette réflexion et appelle à vos témoignages, prises de positions ou points-de-vue sur nos pages.

 

Tang Loaëc

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