POINT DE VUE SUR L'ECRITURE 觀點

 

NOUVEAU MONDE LITTERAIRE CHINOIS
(Cet article est paru dans le cadre du dossier "Spécial Chine" du numéro du Magazine des Livres en juillet 2009).

e nouveaux livres chinois déboulent de plus en plus régulièrement et avec de plus en plus de visibilité sur les tables des libraires français. La littérature chinoise, il y a 15 ans une affaire de spécialistes, est propulsée plus au cœur des discussions, à mesure que la Chine devient un moteur de la croissance planétaire au centre du débat public mondial.

De marché de niche qu’il fut longtemps, le livre chinois en France devient large public et le succès des livres chinois en librairie obéit à de nouvelles règles. Au lieu que des outsiders chinois bénéficient du goût français pour les dissidents et les auteurs censurés, ce sont des ouvrages à gros tirages en Chine même qui commencent de connaître internationalement et en France les gros succès, tels Brothers de Yu Hua ces derniers mois, après Le totem du loup de Jiang Rong en 2008.

Certes, la visibilité apportée par un cinéma chinois en plein essor invite elle aussi à la lecture des œuvres qui ont inspirées des films tels que In the Mood for Love de Wong Kar Wai ou Lust, Caution de Ang Lee. Mais la transformation explosive de l’univers littéraire chinois reste la cause première du dynamisme commercial du livre chinois.

Un premier basculement a eu lieu dans les années 80, véritable dégel de la Chine qui permit de décupler et pus l’accès des chinois à une littérature diversifiée.

Un vent de libéralisation a soufflé, durant ces années 80 et 90, dont l’importance est souvent mal perçue en France parce qu’il ne s’est pas accompagné d’une liberté complète : une censure à posteriori et une autocensure n’ont jamais cessé de persister.

Mais comparé au verrouillage total et à la persécution permanente de tout artiste non révolutionnaire qui avait prévalu durant les années 60 et début 70, le champ de la liberté privée (en matière d’écriture comme ailleurs et pour autant qu’elle ne soit pas contestation politique) s’est étendu de façon très large pendant cette période.

Dans cet univers de liberté relative, des écrivains à la plume sarcastique nous ont partagé au plus près la façon dont les chinois eux-mêmes portent un regard sur leur époque.

Parmi eux, des Yu Hua, des Yan Lianke, des Wang XiaoBo, nous livrent au travers leurs œuvres souvent ironiques le cours têtu de la vie dans un monde parfois peu compréhensible. Parfois des occidentaux immergés dans le monde chinois leur font écho, ou des chinois émigrés hors de Chine, pour livrer avec tendresse ou âpreté un autre regard sur leur première ou seconde patrie.

Une seconde métamorphose du rapport au livre est en train d’avoir lieu, dans une Chine dont en 2009 la mutation est massive, brutale, d’avec la terre d’ancienne culture chère aux professeurs de civilisation chinoise.

Une Chine du troisième millénaire émerge aujourd’hui, qui renouera peut-être avec son héritage mais qui se construit dans le présent ou dans le futur immédiat, bien plus qu’en Europe, plus peut-être qu’aux Etats-Unis. C’est un monde qui vit de croissance économique et de nouvelles technologies, poussé par une génération qui a entre quinze et trente ans et qui ne connaît pas plus la Révolution Culturelle que la Chine des Concessions ou la Chine Impériale.

Cette nouvelle génération appelle ses nouveaux auteurs et Wei Hui – Shanghai Baby – ou Mien Mien – Bonbons Chinois – en sont des exemples, pas tous heureux d’un point de vue littéraire, mais qui relèvent d’une littérature symptôme d’une génération. Elle appelle aussi ses nouveaux canaux de diffusion, avec l’émergence et le succès d’une littérature de blogs passant ensuite au papier (ou pas), avec une prééminence croissante des portails sociaux littéraires ou généralistes, sur les circuits de librairie classique, dans la diffusion des titres à succès (lancement en Chine de Harry Potter) comme dans l’émergence des nouveaux auteurs contemporains.

Parmi ces derniers, Lin Qianyu – grand prix d’écriture en ligne du plus connu des portails internet chinois, Sina.com – ou encore Guo Jingming, le plus lu et le plus riche des jeunes auteurs à succès, quoique devenu aussi le plus détesté suite à des accusations de plagiat. Appartenant plus au registre de l’heroïc-fantasy qu’à ce qu’un puriste désignerait comme le champs littéraire, ces auteurs ont néanmoins à l’échelle chinoise (une échelle d’1/5 ème de la population mondiale), comme JK Rowling à l’échelle mondiale, un impact sur l’univers du livre et une audience faramineuse qui les positionnent en figures centrales de l’économie des maisons d’éditions.

Ces adolescent et jeunes adultes chinois, (15-25 ans) ans, lisent aujourd’hui beaucoup plus que leurs aînés (30-45 ans) dont le succès économique est le principal credo, et plus aussi que les plus de 50 ans qui, à leur âge, étaient placés dans l’impossibilité d’accéder à la littérature. Il sera intéressant de suivre, à mesure de leur entrée dans le monde, la maturation de leur écriture, s’ils doivent donner forme au monde littéraire de demain.

Dresser un panorama des littératures de Chine, aujourd’hui, nécessite de ne pas faire l’économie d’aucun de ces volets, sauf à ne pas parler de ce qui existe mais seulement de ce qui vous touche, ce qui est le choix du reste justifiable de certains éditeurs français.

 

Tang Loaëc

Biographie sélective :

Yu hua – Le vendeur de sang, 1986, Un amour classique, Cris dans la bruine, Un monde évanoui, Vivre, Brothers
Yan Lianke – Les jours, les mois, les années, Le rêve du village des Ding, Servir le peuple
Wang Xiaobo


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