CRITIQUE 評論

ROSE ROUGE ET ROSE BLANCHE
de Eileen Chang (traduction Emmanuelle Péchenart)
Bleu de Chine © 2001

epuis le Lion d’Or en 2007 à la Mostra de Venise et le bel érotisme de Lust Caution le dernier film de Ang Lee, on ne présente plus Eileen Chang. Emmanuelle Péchenart, sa traductrice dans la langue française, nous a offert en 2001 (après La cangue d’or en 1999), une belle traduction de Rose rouge et rose blanche, écrit en 1944.

En fin d’ouvrage, dans une note pertinente, elle met en corrélation certaines scènes du livre avec les images et le style du film In the Mood for Love de Wong Kar-wai, tout en précisant que « cette parenté ne relève peut-être que d’une interaction inconsciente ». Ce qui n’étonne pas lorsque l’on considère l’engouement que suscite les ouvrages de Eileen Chang autant chez les jeunes chinois de ce nouveau siècle que chez les contemporains de l’auteur. Quoi qu’il en soit, les histoires et l’écriture de Eileen possèdent la même magie que les films de Wong Kar-wai.

Comme souvent, Eileen Chang met en scène dans cette fiction l’homme, la femme et l’amour. Zhenbao, l’homme, connaîtra tout à tour plusieurs femmes, en aimera une de tout son corps mais épousera la plus insipide, sa Rose blanche. Sa Rose rouge, incandescente, dont le « cœur est un hôtel », qui sera pourtant sincèrement amoureuse et prête à divorcer pour être toute à lui, il l’abandonnera.

On retrouve dans cette courte histoire la partition existant dans la culture chinoise entre amour et mariage. Le mariage, la plupart du temps arrangé, est une affaire de raison et les affres de la passion ne doivent pas le salir. Un ménage recommandable suppose une femme jolie, certes, mais sans parfum. La liberté de pensée, la modernité et le pouvoir de séduction de sa Rose rouge, est pour Zhenbao, un obstacle infranchissable alors même que la pression maternelle en vue d’une union et de la création d’un foyer se fait sentir.

Les dialogues amoureux sont succulents : « Comment se fait-il qu’on ne vous voie plus ? Je m’imaginais que vous aviez fondu, comme un bonbon ! », « Je suis donc si sucrée ? », « Je l’ignore…Je n’ai pas goûté. ».

Rose rouge et rose blanche fait la part belle au libertinage autant qu’à la gravité et la toute dernière phrase du livre offre au lecteur la plus belle des fins, une fin ouverte. A lui de terminer l’histoire, de composer ou décomposer un bouquet de roses…

 

Fabienne Trunyo

 

L'AUTEUR

Eileen Chang
Issue elle-même de la bourgeoisie de Shanghai et s'inspirant largement des personnalités qu'elle y côtoyait, Eileen Chang (1920-1995) a été reconnue dès 1943 comme un auteur majeur de la littérature chinoise contemporaine par la critique de son pays.

Autres références bibliographiques
en Français :

Le chant du riz qui lève – Calmann-Lévy
Un Amour dévastateur – Editions de l'aube
La Cangue d’Or – Bleu de Chine
Lust, Caution - Robert Laffont

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Lust Caution


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