NOTE DE LECTURE

VISAGES FARDES
de Su Tong (traduction Denis Bénéjam)
Editions Picquier Poche © 2003

1950, en Chine, la nouvelle société arrive et doit détruire les cruelles exploitations du passé. L’époque n’aime pas tergiverser, le gouvernement en place veut mettre fin à la prostitution, il envoie les demoiselles en camp de rééducation pour leur apprendre à avoir une vie plus responsable et à contribuer à l’édification du pays.

« Visage fardés » de Su Tong met en scène deux destins unis se séparant sans pouvoir se retrouver. Sur le chemin du camp, Qiuyi parvient à s’échapper et à se réfugier dans un monastère bouddhiste alors que Xiao’e apprendra à vivre différemment en tant qu’ouvrière.

Mais l’existence joue des tours et ne gâte pas les femmes qui sans se déchirer, vont se retrouver séparées par un homme. Xiao’e croira se réfugier dans un havre de paix mais Laopu, son mari, afin d’offrir à sa famille la belle vie d’antan détournera l’argent de son usine. Le forfait fatal le mènera vite au peloton d’exécution. La veuve refera sa vie et demandera à son ancienne amie et rivale de s’occuper de son enfant qui ne reverra jamais sa mère partie dans le Nord avec son nouvel époux.

Cette fresque humaine décrit l’âpreté des difficultés et des bouleversements des années 50 sans tomber dans un style larmoyant ou sentimental. De simples êtres égarés essaient de s’en tirer. Avec bonheur ou souffrance, ils luttent contre les obstacles politiques, sociaux et familiaux.

L’auteur d’ « Epouse et concubines » donne la parole aux femmes, leur voix décrit le monde qu’elles doivent affronter, la faiblesse des hommes et la lâcheté parfois de leurs sœurs. La sexualité soutient le récit de la nouvelle.

Dans une Chine qui s’est voulue puritaine pour la population (et non pour les plus hautes sphères de la société), le récit de Su Tong doit être replacé dans un contexte de la fin des années 80 où ce genre d’histoire pouvait passer comme subversif. Ici, la sexualité tient la place d’un moteur des relations humaines embrouillées et opaques.

Un court récit de cent pages qui rappelle avec sensibilité une époque charnière.

Critique parue sur le blog "Entre les livres"
La sexualité dans la nouvelle Chine, par Silouane
Avril 2009

 

 

 

 

 

 

L'AUTEUR

Su Tong 苏童
Tong Zhonggui
童中贵
.SU Tong est né en 1963 à Suzhou dans la province du Jiangsu. .Après des études de lettres à l'Ecole normale de Pékin, il devient rédacteur à la revue Zhongshan (Montagne pourpre), publiée à Nanjing. Dans son oeuvre abondante, à côté de bon nombre de romans et de nouvelles qui se situent dans la chine contemporaine figurent plusieurs romans historiques. Ce sont eux qui l'ont fait connaître.

Autres références bibliographiques
en Français :

Le mythe de Meng – Flammarion
Epouses et concubines – Flammarion
Je suis l'empereur de Chine
Picquier
Visages fardés– Picquier
La maison des pavots – You Feng
Fantômes de papier – Desclée de
Brouwer

A LIRE AUSSI :

Riz de Su Tong


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