NOTE DE LECTURE
VIVRE !
de Yu Hua
Editions LGF © 1994
hang Yimou et le Grand Prix du Jury du Festival de Cannes reçu en 1994 pour la réalisation d’un film magistral, mirent sur le devant de la scène ce fabuleux roman de Yu Hua.
Histoire de famille, fresque historique, l’œuvre de Yu Hua brosse le portrait d’un homme et celui d’un pays, tout deux malmenés par l’histoire.
Fugui, à qui Zhang Yimou prêta le talent de Ge You, est un jeune homme fortuné, trop gâté et déjà rongé par le vice du jeu. Il a pour femme Jiazhen, un personnage féminin tout de bienveillance et de force tranquille magnifiquement servi par la beauté et la sensibilité de Gong Li.
Des années troubles de la Chine nationaliste aux violentes secousses de la Révolution Culturelle en passant par les élucubrations maoïstes du Grand Bond en avant, le destin le plus malchanceux ne cesse de s’abattre sur Fugui. Dans les tranchées d’un champ de bataille, enrôlé de force dans l’armée du Guomindang en guerre contre l’Armée Rouge, Fugui ne sait plus si c’est la vie ou la mort qui l’attend. La suite du roman nous l’apprend, c’est la mort qui frappe le plus souvent à sa porte mais c’est la vie, souveraine maîtresse, qui l’emporte malgré tout.
Yu Hua célèbre, au travers des coups du destin les plus sauvages, l’instinct de survie, la force de vivre d’un homme, mais ne célèbre-t-il pas aussi l’immense capacité de la civilisation chinoise de renaître en permanence de ses cendres ? Et si celle-ci reste à ce jour la plus ancienne civilisation encore vivante aujourd’hui, ne le doit-on pas à l’incroyable capacité d’endurance de son peuple ? Cette question sous-jacente, autant que l’intérêt historique du roman, a sans doute contribué à faire de Vivre, une œuvre majeure de la littérature chinoise contemporaine.
Fabienne Trunyo